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Échos > 2018 > L’Energiewende est une véritable catastrophe pour la lutte contre le réchauffement climatique.







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France

1

(extrait)

Lionel Taccoen 
Directeur de la Lettre "Géopolitique de l'Electricité"
www.geopolitique-electricite.com

taccoen

Président du Comité Consultatif de l'Energie auprès de la Commission Européenne (1998-2001)
Professeur des Universités Associé Economie et Affaires Européennes (1997-2003).
Contrôleur Général Honoraire d'EDF. 

 La transition énergétique allemande , état des lieux fin 2017. Il faut reconnaître à Agora Energiewende, la puissante association allemande largement à l'origine de la transition énergétique Outre Rhin, un certain courage et une grande rapidité. Dès le 4 janvier 2018, elle publie un premier bilan 2017, pas vraiment à la gloire de la politique qu'elle inspira: si la sortie du nucléaire sera effectuée, l'Energiewende confirme son aspect catastrophique pour le climat. (Lionel Taccoen )  
 

Le point sur la transition énergétique allemande à fin 2017


(Agora Energiewende - 4 janvier 2018)

La Cour des Comptes fédérale allemande est sévère sur l’aspect financier de l’Energiewende (la transition énergétique allemande), en estimant que le Gouvernement de Berlin « n’a aucune vue d’ensemble des coûts actuels et futurs ». Cependant, il faut noter qu’un certain nombre d’institutions allemandes, indépendantes de l’Etat, émettent des rapports neutres et de bon niveau permettant de suivre schématiquement le processus en cours. En particulier, les études universitaires y sont plus nombreuses qu’en France. Certaines associations militantes apportent aussi des données intéressantes et fort récentes.

Agora Energiewende est une association écologiste puissante qui a joué un rôle éminent dans la mise en place de la transition énergétique allemande. Rainer Baake, actuel Secrétaire d’Etat à l’Energie fut précédemment l’un de ses dirigeants.
Le 4 janvier 2018, Agora a publié les principaux résultats de la transition énergétique allemande1 pour 2017 dont les émissions de gaz à effet de serre. Ce sont ces données qui nous permettent de faire le point ci-dessous sur la situation Outre-Rhin.
En France, le Centre Interprofessionnel Technique d’Etudes de la Pollution Atmosphérique ne fournira pas d’estimation sur les émissions françaises de gaz à effet de serre en 2017 avant des semaines, voire des mois. Il serait regrettable que le débat public sur la révision de la Programmation Pluriannuelle de l’Energie se déroule sans cette donnée. Notre pays vient d’augmenter ses émissions deux années de suite, et une troisième augmentation en 2017 serait un grave avertissement quant à la pertinence de notre politique énergétique.

  • Une progression des renouvelables limitée à l’électricité.

En regroupant les données d’Agora avec celles d’années précédentes, nous parvenons aux pourcentages de renouvelables suivants dans les trois grands secteurs traditionnels de l’énergie 2 :

Année

Electricité

Chaleur et froid

Transports

2014

27,3%

12,2%

7,3%

2015

31,5%

12,9%

6,8%

2016

31,6%

12,9%

6,9%

2017

36,1%

13,1%

« stagnant »

Nous constatons que les renouvelables sont en Allemagne une affaire quasiment exclusive d’électricité. Le secteur « chaleur et froid » est négligé, et les transports sont abandonnés. Certes, du fait de l’utilisation du charbon et du lignite, le secteur électrique est un grand émetteur de gaz à effet de serre, mais le secteur électrique allemand est moins développé que le français et ne représente que 20% de l’énergie consommée. Le développement des énergies renouvelables dans les deux


1 Agora Energiewende-« The Energy Transition in the Power Sector: State of Affairs in 2017 ». Le Rapport en anglais est daté par erreur du 4/1/2017 - Le Rapport en allemand dont la cote est « 125/01-A-2018/DE » est daté de janvier 2018.
2 Pour 2017, Agora. Le chiffre pour le transport n’est pas donné, mais qualifié de « stagnant ». Pour 2014 et 2015: Eurostat.
Pour 2015 et 2016, Agence Européenne de l’Environnement (Renewable Energy in Europe 2017, Annexe 3, Table A3.1).


secteurs, chaleur et froid d’une part, transports d’autre par, est pratiquement nul depuis quatre ans. Le développement des renouvelables en Allemagne est souvent considéré comme exemplaire en France, uniquement parce que l’électricité est confondue avec l’énergie. On rappelle que notre pays a un pourcentage de renouvelables supérieur à l’Allemagne dans sa consommation d’énergie, certes du à l’hydraulique. Cependant l’écart ne diminue guère, malgré les dépenses énormes Outre Rhin consenties dans ce domaine. La France a même récemment accentué son avantage :0,9% de renouvelables en plus que l’Allemagne en 2016 contre 0,6% en 20153.
On notera la faible augmentation de l’électricité renouvelable de 2015 à 2016 ( manque de vent).

  • Stagnation des émissions allemandes de gaz à effet de serre.

Voici les chiffres fournis par Agora (en millions de tonnes équivalent CO2) :

Année

2014

2015

2016

2017

Emissions

904

902

906

906

Voici le commentaire d’Agora : « Tandis que les émissions dans le secteur électrique ont chuté faiblement à cause d’une moindre utilisation du charbon, un usage accru du pétrole et du gaz dans les transports, les bâtiments et l’industrie ont amené des émissions supplémentaires ». Nous partageons cet avis.
Par contre, les perspectives d’avenir présentées sont douteuses. On ne peut qu’approuver l’annonce que l’objectif allemand officiel de réduction des émissions de 40% en 2020 par rapport à 1990 ne sera pas atteint. Mais même la possibilité d’obtenir au moins 30%, affirmée par Agora est douteuse. Certes, la réduction atteinte en 2017 est de 27,6% par rapport à 1990… mais elle était plus élevée en 2014 (27,9%).
Pour atteindre une réduction de 30% en 2020, il faudrait que les émissions diminuent, or justement elles ne baissent plus depuis quatre ans. Pour justifier la possibilité d’atteindre 30% de réduction, Agora espère que l’Allemagne retrouvera, dans l’avenir, le rythme de baisse des émissions de 2000 à 2017, donc comprenant des années avant la transition énergétique.

Agora espère que l’Allemagne retrouve le rythme de baisse des émissions de gaz à effet de serre de l’époque ayant précédé la transition énergétique (plus de 1% /an). Or, justement la mise en place de la fameuse Energiewende coïncide avec la baisse de ce rythme4.

L’Energiewende est une véritable catastrophe pour la lutte contre le réchauffement climatique : les émissions de gaz à effet de serre ne baissent plus depuis quatre ans. Et celles du secteur énergétique, pour une consommation donnée, stagnent depuis plus de dix ans !5

  • « Une nouvelle et  légère augmentation des prix de l’électricité »

Agora constate une « légère » et nouvelle augmentation des prix de l’électricité. « Les prix pour les clients résidentiels en 2018 pourront dépasser 30 centimes/kWh ». L’association verte est en



3 Cf. Agence Européenne de l’Environnement-« Renewable Energy in Europe 2017 »p.64
4 Cf. Eurostat, tableau tsdcc220. Le rythme de baisse diminue dès 2005.
5 Note précédente.


retard : Eurostat, dans ses relevés semestriels, indique que les prix allemands pour ces clients, effectivement en hausse , ont dépassé 30 centimes/kWh dès le premier semestre 20176.

Une augmentation largement causée par les renouvelables

Agora écrit « Les prix de l’électricité ont monté légèrement, alors que les énergies renouvelables sont devenues plus abordables [financièrement]. En 2017, les prix de marché [de l’électricité] ont quelque peu augmenté du fait de l’augmentation des coûts des  combustibles  [fossiles] ». Suivant Agora, les Allemands ont vu leur facture d’électricité augmenter du fait de l’augmentation des prix du pétrole , du gaz et du charbon, les renouvelables poussant à la baisse.
Cette explication n’est pas conforme aux faits. Chaque consommateur d’électricité (sauf un certain nombre d’entreprises) paye une taxe destinée à subventionner les énergies renouvelables (taxe EEG). Or celle-ci est passée de 2016 à 2017 de 6,354 à 6,88 centimes/kWh ( chiffres publics). Les énergies renouvelables, à elles seules, ont provoqué une augmentation de plus de 0,5 centime d’euros/kWh, soit la plus grande partie de l’augmentation constatée par Eurostat ( 0,69 centime)7.

Agora ne donne pas la véritable  explication  de  l’augmentation  des  prix qui est que la facture des énergies renouvelables continue de croître.
  • Un parc de centrales électriques hypertrophié.

Le Rapport d’Agora tient à rassurer les Allemands sur leur sécurité d’approvisionnement qui pourrait être menacée par l’intermittence des renouvelables électriques (solaire et éolien). :

Agora insiste sur le maintien d’un énorme parc de centrales classiques, basé principalement sur des centrales maintenues disponibles au gaz, charbon, lignite et pétrole, complété par un zeste de pompage hydraulique et (nous présumons pour le moment) par des installations nucléaires.

Agora explique qu’en 2017, ce parc conventionnel a été sollicité au maximum le 12 janvier à 11 h du matin (manque de soleil et de vent). La puissance nécessaire mise à disposition a été de  80,6 GW. Comme le parc conventionnel a une puissance totale actuelle de 103 GW, Agora estime donc que le risque de coupures est négligeable. Allemands, dormez en paix !

Agora met en lumière un aspect peu connu de la transition énergétique allemande. Le pays entretient deux parcs électriques de puissance équivalente (100 GW chacun), l’un basé sur les énergies renouvelables, l’autre qualifié de

« conventionnel », maintenu en état de marche pour compléter les besoins, mais aussi pour pallier les défaillances du solaire et de l’éolien.
Le résultat est que l’Allemagne, dont la consommation d’électricité est environ 20% plus élevée qu’en France, possède un parc de centrales d’une puissance 60% supérieure !
Cela a un coût qui n’est pas accessible à toutes les bourses nationales. Agora ne fait aucune allusion à des solutions basées sur le stockage de l’électricité. Est-ce considéré comme trop lointain et/ou incertain ?


6  30,48 centimes/kWh au premier semestre 2017.  Eurostat  tableau nrg_pc_204-prix TTC pour les  ménages  entre 2 500 et     5 000kWh/an
7 29,69 centimes/kWh au premier semestre 2016- 30,48 centimes au premier semestre 2017(Eurostat, Voit ci-dessus.


En conclusion :

Les données fournies par Agora Energiewende pour la transition énergétique allemande concernant 2017 confirment les points suivants :

  • L’expansion des énergies renouvelables en Allemagne est très forte dans le secteur électrique. Elle est négligeable ailleurs (transports et secteur « chaleur et refroidissement »). Comme le secteur électrique est peu développé Outre-Rhin (au plus 20% de la consommation d’énergie), le taux de renouvelables dans l’énergie reste faible et inférieur au chiffre français.
  • Non seulement la transition énergétique allemande ne réussit pas à diminuer les émissions de gaz à effet de serre, mais elle a « cassé » leur rythme de baisse (plus de 1%/an) observé précédemment. L’Energiewende est une véritable catastrophe pour la lutte contre le réchauffement climatique. Le seul objectif visible de la politique allemande est la sortie du nucléaire.
  • Le coût de l’Energiewende continue à augmenter. L’Allemagne est solidement installée dans le trio de tête des prix de l’électricité les plus élevés des pays industrialisés constitués par les trois champions mondiaux des renouvelables électriques intermittents (Australie du Sud, Danemark et Allemagne).
  • Afin d’éviter les black-outs qui pourraient être causés par l’intermittence du solaire et de l’éolien, l’Allemagne a choisi la solution de l’hypertrophie de son parc électrique, en maintenant en état de marche un très important « parc de centrales conventionnelles », essentiellement des installations utilisant des combustibles fossiles. C’est une solution chère, non accessible à toutes les bourses nationales. Mais elle n’est pas plus onéreuse que celle de l’Australie du Sud, qui combine centrale à gaz et batteries. En effet, le résultat final, la facture pour le consommateur est curieusement identique à quelques % près dans les deux Etats.


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